États-Unis

Etats-Unis: que sait-on de Payton Gendron, l'auteur présumé de la tuerie raciste de Buffalo?

Une fusillade raciste a fait dix morts à Buffalo aux Etats-Unis, le 14 mai 2022 - Scott OLSON - AFP

Sans antécédent judiciaire, l'adolescent de 18 ans, passionné par les armes, avait mis en ligne avant la tuerie un manifeste de 180 pages mettant en avant une idéologie suprémaciste blanche.

Samedi, un jeune Américain blanc a ouvert le feu dans un supermarché de Buffalo, dans l'État de New York, aux États-Unis, faisant au moins dix morts et trois blessés, dont une majorité d'Afro-Américains. Deux jours après cette attaque qui a suscité de nombreuses réactions, jusqu'au secrétaire général de l'ONU, des éléments de l'identité du tireur présumé, Payton Gendron, ont filtré, permettant de commencer à cerner la personnalité de ce Américain de 18 ans, adepte des théories suprémacistes blanches.

• Un adolescent "un peu à la marge" et qui s'intéresse aux armes

La nouvelle de la tuerie a provoqué une onde de choc chez ceux qui l'ont connu avant l'attaque. Adolescent de 18 ans vivant à Conklin, petite ville du sud rural de l'Etat de New York, le lycéen était aussi employé dans une épicerie de sa ville, jsuqu'à ce qu'il démissionne trois mois plus tôt.

Décrit comme un garçon "réservé" et "intelligent" par l'une de ses camarades de classe de lycée, beaucoup ont le souvenir d'un adolescent "qui ne disait pas grand chose", d'après des témoignages recueillis par le New York Times.

Un autre élève se rappelle d'une scène inhabituelle. Un jour, Payton Gendron arrive au lycée vêtu d'une combinaison de protection contre les produits dangereux, après que les mesures sanitaires en lien avec la pandémie de Covid-19 avaient été levées en 2020. "Il portait une tenue complète, avec des bottes, des gants", se remémore sont camarade de classe.

Un autre adolescent, qui l'a cotoyé au collège et au lycée, se souvient de quelqu'un qui était "clairement un peu à la marge" et "n'était pas très social". "Je savais qu'il s'intéressait aux armes", ajoute-t-il, "mais là où on a grandi (dans une petite ville rurale du sud de l'Etat de New York NDLR), ça n'avait rien d'inhabituel".

• Une attaque préparée depuis des mois

L'assaut n'était visiblement pas improvisé. Les autorités de police estiment même que l'adolescent avait planifié la tuerie plusieurs mois à l'avance, probablement depuis le mois de janvier, rapporte le New York Times.

Très préparé, Payton Gendron s'équipe avant la fusillade d'un fusil, d'un fusil de chasse, d'une "arme d'assaut", d'un gilet pare-balle, d'un casque et d'une tenue militaire. Autre élement attestant de la préparation de ce funeste projet: l'adolescent choisit également de se rendre spécialement à Buffalo, une ville pourtant située à plus de 300 kilomètres de chez lui en voiture et qui compte une importante population afro-américaine.

L'assaillant avait par ailleurs équipé son casque d'une caméra afin de retransmettre ses crimes en direct sur la plateforme Twitch, même si la diffusion a été rapidement interrompue par le site américain.

• Un manifeste suprémaciste blanc mis en ligne

Le caractère raciste de l'attaque ne fait pas de doute pour les autorités américaines, alors que, sur les treize victimes, onze sont noires. L'arme de l'assaillant portait une inscription raciste, selon les médias américains, et les autorités de police ont indiqué avoir retrouvé la trace d'un "manifeste raciste" mis en ligne par Payton Gendron avant l'assaut.

Dans ce texte de 180 pages, l'adolescent se décrit comme "fasciste", "suprémaciste blanc", "antisémite" et assure s'être forgé ses opinions principalement sur Internet, selon CNN. Il y fait également part de son admiration pour les auteurs de précédentes tueries et affirme s'être inspiré du massacre raciste perpétré à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en 2019.

Les autorités de police ont indiqué que des investigations plus poussées de l'ordinateur et du téléphone portable étaient prévues. Elles estiment que le suspect a probablement agi seul.

• Des menaces déjà proférées en 2021

Si l'entourage de l'assaillant s'est dit surpris par l'attaque, la police de Buffalo a indiqué que l'adolescent avait proféré des "menaces généralisées" dans son lycée en juin 2021. Le détail de ses propos n'a pas été révélé, mais ils n'étaient pas de teneur raciste, selon les autorités de police.

Après cette alerte, l'adolescent est pris en charge sur le plan psychiatrique et reçoit une évaluation de sa santé mentale. Après un jour et demi d'observation, il est autorisé à rentrer chez lui et ne fait pas l'objet d'une surveillance particulière.

"Il n'y avait rien qui a retenu l'attention des services de renseignements de la police d'Etat et du FBI. (...) Personne n'a déposé de plainte", s'est défendu le commissaire de police de Buffalo Joseph Gramaglia.

Incarcéré, Payton Gendron est poursuivi pour "crime haineux" et encourt la peine de mort. Il plaide non-coupable.

Juliette Desmonceaux