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Ce que changerait l'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'Otan

Le logo de l'Otan sur la frégate "Regina Maria", amarrée au port militaire de Constanta, en Roumanie, le 4 mars 2022 (photo d'illustration) - Daniel MIHAILESCU © 2019 AFP

Contrôle de la mer Baltique, isolement de la Russie, défense collective... L'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'Otan aurait des conséquences aussi bien diplomatiques que militaires.

La Finlande a annoncé dimanche sa candidature à l'Otan et la Suède pourrait prochainement faire de même. Les membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord ont dans la foulée annoncé être "sur la bonne voie" pour trouver un consensus sur l'intégration de ces deux pays. Deux adhésions qui ne seraient pas sans conséquences, aussi bien pour la Finande et la Suède que pour l'Otan et la Russie.

• La fin d'une tradition de neutralité

C'est un revirement historique pour la Finlande et la Suède qui justifient leur candidature à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord par des questions de sécurité après l'invasion russe de l'Ukraine.

Traditionnellement, la Finlande - qui possède 1300 km de frontières communes avec la Russie - était neutre. Une neutralité qui remonte à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Moscou avait alors accepté que la Finlande conserve son indépendance à la condition d'une stricte neutralité militaire et diplomatique. L'adhésion à l'Otan signerait donc la fin du principe de "finlandisation", synonyme de non-alignement.

Pour la Suède, pays qui n'a pris part à aucun conflit sur son territoire durant le XXe siècle et qui n'a été mêlé à aucune guerre depuis 1814, une adhésion à l'Otan signerait la fin de son principe de neutralité. Une neutralité sur le même modèle que celui de la Suisse.

"Les Suédois ont fait de leur neutralité et de leur non-alignement un symbole, spécialement durant la période de la guerre froide, explique au quotidien québecois Le Devoir Robert Dalsjö, expert en sécurité pour l'Agence suédoise de recherche sur la défense. C'est une part de leur identité et de leur idéologie."

• Un revers pour la Russie

Pour la Russie de Vladimir Poutine, la double adhésion de la Finlande et de la Suède représenterait un échec. "C'est un véritable tsunami géopolitique qui montre à quel point le président Poutine obtient, dans tous les domaines, exactement le contraire de ce qu'il espérait. C'est un échec absolu sur toute la ligne", a estimé sur BFMTV le général Olivier de Bavinchov, l'ancien chef d'état-major de la force internationale de l'Otan.

Car pour Vladimir Poutine, l'un des objectifs de l'invasion de l'Ukraine était justement d'éviter que l'Otan n'arrive à sa porte et d'empêcher que son voisin ukrainien ne passe sous le giron de l'Alliance.

"C'est une très mauvaise nouvelle pour la Russie qui va être encore plus isolée", analyse sur BFMTV Patrice Sauce, éditorialiste politique.

Si Moscou peut compter sur l'Organisation du traité de sécurité collective - sorte de pendant à l'Otan qui regroupe la Russie, l'Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan - ces pays ont "d'autres choses à faire que de participer à ce conflit", poursuit Patrice Sauce.

• Le contrôle de la mer Baltique

Avec l'adhésion de la Finlande et de la Suède, la mer Baltique passerait quasi exclusivement sous le contrôle de l'Otan. L'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, l'Allemagne et le Danemark - pays côtiers de la mer Baltique - sont déjà membres de l'Otan.

Il ne resterait à la Russie que le port russe de Saint-Pétersbourg - tout au nord-est - et l'enclave russe de Kaliningrad entre la Lituanie et la Pologne.

"Les Finlandais et les Suédois vont pouvoir regarder et participer à des exercices pour scanner n'importe quel bateau qui sortirait de Saint-Pétersbourg", pointe encore Patrice Sauce.

• Une protection avant l'adhésion?

En principe, seuls les pays de l'Otan bénéficient de l'article 5, qui assure la protection mutuelle de ses membres. C'est le principe de défense collective: "une attaque contre un membre de l'Alliance est considérée comme une attaque dirigée contre tous les alliés", indique l'Otan. En clair, l'ensemble des pays membres de l'Alliance - dont les États-Unis, première puissance militaire mondiale - doivent assistance au pays membre attaqué.

Mais durant la période d'adhésion, qui implique une ratification par les 30 membres, un pays candidat reste non-membre et ne peut donc pas bénéficier de l'article 5. Un calendrier qui peut prendre plusieurs mois.

"Les deux pays vont poser leur candidature au sommet de Madrid fin juin, détaille sur BFMTV Olivier Kempf, général de l'armée de terre. Les alliés vont probablement dire oui. Ensuite, on va normalement rentrer dans un processus technique (le plan d'action pour l'adhésion, NDLR) pour vérifier la compatibilité technique. Il fait peu de doute que la Finlande et la Suède, qui sont partenaires depuis très longtemps de l'Alliance, y arrivent."

Ce n'est qu'au sommet suivant de l'Otan, dans deux ans, que l'adhésion pourrait in fine être actée. Mais pour Olivier Kempf, il est probable que les alliés adoptent "une mesure transitoire" offrant la protection de l'Otan à ces deux pays avant même leur adhésion effective.

Le secrétaire général de l'Alliance, Jens Stoltenberg, a en effet tenu des propos en ce sens, assurant qu'il serait possible de trouver des "arrangements". Il a ainsi évoqué une "présence accrue" des forces de l'Otan en mer Baltique. Le patron de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a par ailleurs déclaré que les États-Unis soutenaient "fortement" ces deux demandes d'adhésion.

• Quelle réponse de la Russie?

Quelle pourrait être la réaction de la Russie? Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a accusé l'Union européenne de jouer le jeu de l'Otan. "L'Union européenne est devenue un acteur agressif et belliqueux qui se précipite sur la voie que l'Otan a déjà tracée", a-t-il déclaré. La Finlande et la Suède doivent-elles s'attendre à des représailles russes?

"Menacer oui, attaquer non", analyse Olivier Kempf, général de l'armée de terre.

"S'il y a une règle qui existe depuis le début de la guerre en Ukraine, c'est la ligne rouge frontières extérieures de l'Alliance que ni les alliés ni les Russes ne veulent franchir. Parce qu'ils savent très bien que dans ce cas-là on aurait l'affontement entre des puissances nucléaires. Oui, les Russes vont faire des roulements de tambour, des démonstrations de force mais ça s'arrêtera là parce qu'ils ne peuvent rien faire d'autre."

https://twitter.com/chussonnoisCéline Hussonnois-AlayaJournaliste BFMTV