Météo

Sécheresse: les précipitations tombées ce week-end offrent-elles un répit aux agriculteurs?

Dans de nombreux territoires, les niveaux tombés dimanche soir ont simplement hydraté les sols en surface, sans les pénétrer en profondeur. Et les températures caniculaires attendues à partir de mercredi risquent d'aggraver la situation.

Après une semaine marquée par des températures quasi-caniculaires sur l'ensemble du territoire français, de nombreux orages se sont déclarés en France ce dimanche. Plus de 30.000 impacts de foudre ont été recensés, et entre 10 et 30mm de précipitations ont été relevés du côté de la Normandie et de l'Île-de-France. Des pluies bienvenues, alors que 16 départements font l'objet de restrictions d'eau.

Mais pour de nombreux agriculteurs, cette bonne nouvelle n'est que de courte durée. Sur certains territoires, les précipitations n'ont pas été assez importantes pour irriguer les sols en profondeur. C'est le cas de l'exploitation de Charles Debisshop, agriculteur à Vulaines-les-Provins (Seine-et-Marne).

"En fait, il n'a pas trop plu. Nous n'avons eu que 3mm cette nuit, ce qui fait que demain après-midi, tout ce qui est tombé cette nuit sera évaporé. On va revenir au même niveau de stress hydrique qu'on avait hier", témoigne-t-il au micro de BFMTV.

Des réserves d'eau faibles

Car en cette période, les précipitations ne peuvent pas descendre en profondeur et atteindre les nappes phréatiques. C'est la végétation à la surface qui accapare l'eau. De même, quand les pluies sont soudaines et importantes, ce sont avant tout les rivières qui récupèrent le gros des précipitations.

Ainsi, les pluies de dimanche soir vont aider les sols en surface, mais vont rapidement s'évaporer en raison des températures caniculaires. Mercredi, 30 degrés sont attendus sur la quasi-totalité du territoire, venant rendre caducs les orages de ce week-end.

"Il y a une vraie complexité car les réserves d'eau sont faibles, et il y a 25% de déficit hydrique depuis novembre. Donc le sol à l'intérieur est très sec. La pluie quand elle arrive brutalement ne pénètre pas, elle ruisselle. Pour l'herbe, c'est rattrapable, car la pousse peut repartir. Mais pour le blé, c'est maintenant que les grains doivent grossir, ils ont donc besoin d'eau régulièrement", explique pour BFMTV Christiane Lambert, présidente de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA).

Avant d'ajouter: "Le mois de mai est un mois où la nature redémarre. Il fait chaud normalement, le sol est humide. Là, il est très sec, et les chaleurs caniculaires figent les choses. C'est très compliqué cette année".

Le constat est partagé par Charles Debisshop, l'agriculteur rencontré par BFMTV. Actuellement, son blé s'épie, c'est-à-dire que l'épi commence à sortir. Mais "le stress hydrique dans les parcelles de blé va faire que le rendement sera très fortement affecté. Sur un potentiel de 8 ou 9 tonnes par hectare, si ça ne se passe pas bien, on peut perdre une tonne. C'est un stade assez critique", assure-t-il.

Enfin, les orages de dimanche, de par leur violence, ont pu avoir des conséquences désastreuses sur les cultures. "Les orages ont fait beaucoup de dégâts à certains endroits. J'ai eu des appels d'agriculteurs qui ont vu leur toit arraché, leurs cultures complètement couchées", déclare Christiane Lambert.

Un contexte international difficile

Ces difficultés viennent s'ajouter à un contexte international perturbé. L'Ukraine, grenier à blé de l'Europe avec ses terres fertiles, doit faire face à l'invasion russe depuis le 24 février, réduisant drastiquement ses exportations. L'Inde, qui est également un important exportateur de céréales, subit actuellement des températures incroyablement chaudes, proches des 50 degrés. New Delhi a ainsi renoncé à ses exportations.

"Les cours sont plombés par la guerre en Ukraine, mais pas que. En Inde, il y a des températures caniculaires. Le pays avait prévu d'exporter du blé, mais y a renoncé, car avec des températures à plus de 50 degrés, tout est en train de brûler. C'est la même chose dans de nombreux états des États-Unis, où il y a de plus en plus de tornades", analyse Christiane Lambert.

Autant d'éléments laissant présager un risque d'envolée des prix du blé, à l'image de ce qui est actuellement observé pour l'huile de tournesol.

Christophe Person et Cédric Faiche, avec Jules Fresard